Peu importe l'heure à laquelle tu arrives au terminal, ton bus est toujours sur le point de partir, le moteur déjà en marche, les sièges déjà presque remplis ; t'as l'impression qu'il t'attendait. Tu montes dans le bus, aisément reconnaissable grâce au crieur dont la tête dépasse d'une fenêtre et qui s'époumone en hurlant ta destination : "Quiiiiiiiiiiché-Quiché-Quiché-Quiiiichééééééé !". Tu t'installes sur le dernier siège libre.

C'est parti.

L'ancien bus scolaire américain, repeint et redécoré au goût national, quitte la station au pas en quête de passagers de dernière minute (ce régime ralentit va durer environ la moitié du trajet), et c'est au tour des vendeurs ambulants de faire leur entrée. Ils vendent tout ce dont on pourrait avoir besoin pour ce court trajet, et dans des conditionnements extrêmement réduits : Une tranche de mangue, un petit sac de 20cl d'eau, un sachet de 12 cacahuètes, ou encore une recharge de téléphone à 3 Quetzals (0,3 €) ! La vendeuse de tacos est remarquable. Elle est capable, à une seule main, de confectionner des tacos garnis de viande, de sauce, et de toutes sortes de légumes qu'elle va puiser dans les plis d'une étoffe qui garde tout cela chaud, le tout en encaissant les chocs de la mauvaise route et les embardées hasardeuses du chauffeur fou (dont nous reparlerons). Et c'est bon !

Une fois ces commerçants descendus, et quand le bus commence à s'éloigner du centre-ville, apparaît le beau, le grand, le splendide....Témoins de Jéovah ! On le reconnaît de loin, avec sa grosse montre et sa chaîne en or qui dépassent de sa chemise bien repassée. Le chauffeur a 2 solutions en l'apercevant lever le bras sur le bord de la route : soit il s'arrête et le laisse monter, soit il l'écrase sous ses grosses roues. J'en soupçonne certains d'hésiter plus qu'une seconde... Ils finissent tous par monter ; ils restent debouts à l'avant du véhicule et crient la parole de Dieu. Certains sont doux et bienveillants, promettent paix et amour pour tous, d'autres, plus agressifs, invoquent malheur et maladies pour les infidèles. Mais tous tiennent tout le trajet, et dissertent des heures, tantôt en improvisant des paroles évangélisatrices, tantôt en lisant des versets interminables de leur Bible de poche. La plupart ne vendent que l'amour du Christ, mais certains vont jusqu'à vendre des huiles miraculeuses et des recueils de chants de messes aux quelques passagers qui les ont écoutés jusqu'au bout !

 

Qu'est ce qui est plus rentable que 2 bus remplis ? Un seul bus plein à craquer ! C'est la stratégie que semble adopter ici la compagnie nationale de transport de passagers : Tant qu'il n'y a pas des bras et des jambes qui dépassent de toutes les fenêtres, on continue à charger ! Nous sommes maintenant à 4 par banquette de 2, certains sont debouts, ou se superposent. Je vous raconte pas le bordel quand le mec assis tout derrière crie "Aquí no Mááááás !"

Les bus ici sont les kings de la route. Plus grands, plus gros, plus lourds que tous les autres véhicules qu'ils croisent, ils ne prennent bien souvent pas la peine de faire attention. Et les chauffeurs, la plupart du temps inconscients et sûrs d'eux, sont des dangers publics : Encaissant un passager d'une main, dégustant un tacos de l'autre, et sont téléphone coincé entre lépaule et l'oreille, il conduit 100 personnes à 80 km/h sur une route cabossée qui dévale la montagne. Il se sent sûrement protégé par les nombreux "Dios es Amor" et les "Jesus te proteja" qui ornes l'habitacle... Mais jusque là ça va ; là ou ça devient dangereux, c'est quand il croise un autre bus, tout aussi chargé, tout aussi vieux, et dirigé par un chauffeur tout aussi dément...

Malgré tout ça, et d'après les passagers que j'ai interrogés, il n'y a pas énormément d'accidents implicant des bus (Tout le monde en convient néanmoins, c'est des vrais tarés !)

Oui, prendre un bus par ici est déjà une aventure en soi, mais c'est surtout une bonne occasion de faire connaissance avec des gens et de discuter avec son voisin d'à côté, ou du dessus, ou du dessous !...

 

En pouce !

Outre les bus bondés, un moyen de transport plus économique et tout aussi sympa est l'autostop. Ca marche vraiment bien ici. Ainsi, j'ai récemment descendu tout le pays, entre Quetzaltenango et Iztapa "à la force du pouce", le plus souvent à l'arrière de vieux pick-ups, mais parfois dans des véhicules improbables, comme des Golf-Cars (moins rapide !) ou, même, assis sur 15 tonnes de bois, dans la remorque d'un énorme camion !

...Demain je quitte le Guatemala, direction le Salvador pour quelques jours, puis le Nicaragua...